23 février 2018, GENÈVE - Des experts renommés représentant les traditions islamique, chrétienne et judaïque ont conclu que le port du foulard est une source de convergence entre les trois religions abrahamiques principales : l'islam, le christianisme et le judaïsme. Un appel conjoint à l'action a été lancé lors d'une table ronde organisée par le Centre de Genève pour la Promotion des Droits de l'Homme et du Dialogue Global (ci-après le Centre de Genève) et la Mission permanente de la République algérienne démocratique et populaire auprès de l'ONU à Genève le 23 février 2018 au Bureau des Nations Unies à Genève sur le thème "Voilement / Dévoilement : Le foulard dans le christianisme, l'islam et le judaïsme".

L'objectif de ladite table ronde était de déconstruire les mythes existants qui concernent le port du foulard et sa politisation dans les sociétés modernes. Il visait également à explorer le rôle du foulard en tant que source d'unité et de convergence entre les différentes cultures et religions du monde.

Le modérateur de la table ronde- directeur exécutif du Centre de Genève, l'ambassadeur Idriss Jazairy – a souligné que l'objectif de la table ronde et de l'exposition était d'aborder les stéréotypes sur le port du foulard et de «montrer le foulard comme un fil conducteur et un point de convergence entre le christianisme, l'islam et le judaïsme. Le foulard constitue une source de convergence, plutôt que de discorde. Il devrait donc lier et construire des passerelles entre les cultures, plutôt que diviser. Il a joué un rôle important dans la définition des identités dans les trois religions abrahamiques. "

Le directeur exécutif du Centre de Genève a ajouté dans son allocution que le port du soi-disant «voile» ne doit pas faire l'objet d'une politisation privant les femmes de leur liberté de choix personnelle en ce qui concerne le port du foulard. Il a déclaré :"priver les femmes de leur droit de porter ou de ne pas porter le foulard « constitue une violation de l'article 18 de la Déclaration universelle des droits de l'homme ». "Imposer le foulard aux femmes ou l'interdire par voie légale constitue une violation de leurs droits fondamentaux. Le seul moyen de défendre les droits des femmes et de renforcer la promotion de leur statut et de respecter leur droit de choisir ", a déclaré le directeur exécutif du Centre de Genève.

Lors de la présentation de l'Ambassadeur Jazairy, une vidéo a été projetée devant l'auditoire montrant l’action de la sénatrice australienne Pauline Hanson en août 2017 pour demander au ministre de la justice George Brandis d'interdire le port de la burqa islamique en Australie. À cet égard, le directeur exécutif du Centre de Genève a déclaré que cette «manifestation de l'islamophobie et de l'insensibilité culturelle» était «une illustration des façons utilisées pour manipuler le foulard islamique à des fins politiques». La réponse du ministre de la justice de l'Australie – a-t-il dit - condamnant "la parodie des vêtements religieux au Parlement australien" était une réplique et "un symbole de sagesse politique", selon l'ambassadeur Jazairy.

Le Représentant permanent adjoint de la République algérienne démocratique et populaire, M. Toufik Djouama, a déclaré : «l'image dégradante liée au foulard islamique» est diffusée par de nombreux groupes qui croient au ‘’choc des civilisations’’». Le port du foulard – a-t-il dit - est "un choix personnel" des femmes musulmanes. "Les unes voient le foulard comme un attachement à leur identité et à leur héritage culturel. D'autres le voient comme un vêtement traditionnel ou un symbole de décence ", a ajouté le Représentant permanent adjoint lors de son discours.

Afin de réagir contre les stéréotypes prévalant sur le port du voile, M. Djouama a observé que la promotion du «dialogue, de la compréhension mutuelle, du respect des droits humains et de la diversité» devait rester une priorité pour les gouvernements, les organisations de la société civile et le secteur académique. La liberté de manifester sa religion ou sa conviction en public ou en privé, a-t-il conclu, comme le stipule l'article 18 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, doit permettre aux femmes de décider elles-mêmes de porter ou non le foulard.

Le port du foulard est une tradition commune de l'humanité et une source de libération pour les femmes musulmanes

Dans son allocution, Mme Elisabeth Reichen-Amsler, directrice de la section «Église et société» de l'Église réformée évangélique du Canton de Neuchâtel, a fait savoir que le port du foulard ne peut être considéré comme appartenant uniquement à l'islam - comme souvent reflété dans le discours public – étant donné que ses origines peuvent être retracées aux anciennes cultures en Mésopotamie, la Grèce antique, l'Empire romain et à la naissance du christianisme. "L'obligation qui incombe aux femmes mariées pour porter le foulard était déjà mentionnée dans une ancienne loi écrite en 1120 avant J.-C par un roi assyrien ", a souligné Mme Reichen-Amsler.

D’après la lettre de Paul de Tarse adressée aux Corinthiens dans la Genèse 2:21 – a-t-elle ajouté - les femmes étaient obligées de porter le foulard. Cette obligation a duré environ 1900 ans dans le christianisme. Ce n'est que dans les années 1960 que les femmes n’étaient  plus obligées de porter le foulard à des fins religieuses. Cet état de fait explique les différentes interprétations de l'islam, du judaïsme et du christianisme concernant le port du foulard.

Elle a déclaré, en tant que chrétienne, que «notre multiculturalisme peut être une source d'insécurité pour certains». Cela pourrait toutefois susciter l'intérêt des individus pour connaitre l'autre, mais aussi leurs propres racines pour comparer entre les différences et les similitudes d’une part et entre les cultures et les religions d’autre part. Mme Reichen-Amsler a conclu qu'il est important de combler les fossés qui existent entre les cultures traditionnelles et modernes et de «réfléchir sur la façon nous permettant de respecter les uns les autres tout en préservant notre liberté individuelle».

Dr. Malika Hamidi - auteur de l’ouvrage "un féminisme musulman - pourquoi pas ?" - a souligné dans son allocution que les mouvements féministes et laïques en France s'étaient opposés au port du foulard islamique par les femmes musulmanes car il violait prétendument le droit à leur liberté et leur dignité. Cependant, Dr. Hamidi a fait savoir que de nombreuses femmes dans les mouvements politiques et laïques ont rappelé qu'il n'y avait "aucune contradiction entre le foulard et la liberté" et "entre la dignité et la respectabilité des femmes".

Dans ce contexte, les mouvements féministes en Europe francophone - a-t-elle dit - restent "ébranlés" par le fait que certaines femmes musulmanes estiment que le foulard les a "libérées dans leur relation avec les hommes et les sociétés européennes". « Le fait que les femmes portent le foulard, dans les limites prévues par l'islam, peut leur permettre de jouir de plus de respect, tout en étant un vecteur de participation sociale, politique et culturelle fortement remis en question en Occident », a-t-elle remarqué.

Dr. Hamidi a conclu son allocution en soulignant que le foulard est considéré par un grand nombre de femmes musulmanes comme une condition pour la "libération féministe" et comme "un mode d'existence et une manière d'être" qui devrait permettre aux femmes musulmanes de s'exprimer dans les sociétés modernes.

Dr. Valérie Rhein - une experte en théologie titulaire d'un doctorat en judaïsme à l'Institut d'études juives à l’Université de Berne - a déclaré que le port du foulard est une ancienne tradition du judaïsme. C'était une coutume - disait-elle - "pour une mariée juive de se voiler le visage avant la cérémonie du mariage" comme cette pratique est mentionnée dans la Genèse 24 de la Bible qui décrit la première rencontre entre Isaac et Rébecca.

Elle a ajouté que la loi talmudique - enracinée dans le concept de Tsniout/ Modestie - exigeait également que les femmes se couvrent les cheveux après le mariage, symbolisant l'appartenance au «judaïsme pratiquant» et le fait d'être mariées. Il incombait également aux hommes de porter un couvre-chef (kippa) car il symbolise un «signe de respect» et une «relation envers Dieu». Elle a conclu son allocution en disant que «plus il y a de commandements qu'une personne doit accomplir, mieux c'est» en soulignant que le port du foulard serait "considéré comme un privilège".

Traiter des préjugés et de l'intolérance doit rester à l'ordre du jour des décideurs

Le conseiller pour les droits de l'homme de la Mission permanente de l'Australie - M. Kevin Playford - s'est félicité des commentaires du Centre de Genève sur l'Australie et a souligné que le «foulard peut souvent être mal compris» en tant que symbole d'expression religieuse. L'action de la sénatrice australienne Pauline Hanson qui a porté une burqa au Parlement australien – a-t-il dit - ne représente pas les vraies valeurs de l'Australie. Cette action était destinée à «marginaliser la communauté musulmane» en Australie et a été fermement condamnée dans toute la société australienne. "L'Australie est un pays riche en multiculturalisme et en diversité religieuse et une société tolérante et inclusive", a déclaré M. Playford, indiquant qu’en Australie un habitant sur quatre est né à l'étranger et un habitant sur deux est né à l'étranger ou a des parents venant de l'étranger.

L'Ambassadeur de la Délégation permanente de l'Organisation de la Coopération Islamique (OCI), S. E. Mme Nassima Baghli, a demandé aux participants d'exprimer leur point de vue sur les restrictions du laïcisme en ce qui concerne l'expression des croyances religieuses du peuple. Dr. Rhein a fait savoir que les différents groupes religieux "doivent travailler ensemble pour faire valoir leurs droits" afin de traiter des facteurs entravant leur droit à exprimer leurs croyances religieuses. Mme Reichen-Amsler a ajouté dans son discours que la Suisse est fondée sur l'idéal de la laïcité inclusive. "Chacun doit être inclus en fonction de leurs spécificités" - a-t-elle déclaré - afin de permettre aux membres de la société de vivre en paix.

S. E. M. l'ambassadeur George Papadatos, chef de la délégation de l'Organisation européenne de droit public à Genève, a déclaré que les principaux facteurs déclenchant l'islamophobie et la politisation du port du foulard sont l'ignorance et les préjugés. L'ignorance - a-t-il souligné - pourrait être déracinée en diffusant des informations, alors que les préjugés exigent une approche multidimensionnelle pour faire face à ses causes profondes. En réponse à l’intervention de l'Ambassadeur Papadatos, Dr. Hamidi a déclaré que l'accès à l'éducation était entravé en ne pas autorisant les filles de fréquenter l'école en portant un foulard dans certains pays avancés. Cependant, l'éducation avait toujours une priorité qui prévalait sur le souci des filles de se conformer à la tradition en termes de couvre-chefs.

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